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Compte rendu de IBBY concernant la situation actuelle à Gaza. (French)

Thursday 7 August 2014 by admin

Lettre ouverte du Président de la Fondation IBBY

Compte rendu de IBBY concernant la situation actuelle à Gaza.

IBBY (The International Board on Books for Young people/Union internationale pour les livres de jeunesse, une association à but non lucratif créée pour développer la littérature pour la jeunesse et l’alphabétisation) a été fondé peu après la fin de la deuxième guerre mondiale. La fondatrice de IBBY, Jella Lepman, pensait que les livres pour enfants pouvaient promouvoir la compréhension mutuelle internationale.

Les enfants avaient besoin de savoir tout ce que les lecteurs connaissaient: on n’est pas seul , d’autres ont des expériences, des sentiments et des besoins tout comme chacun d’entre nous.... et il y a un autre monde là-bas dont on ne connaît rien. Les enfants de Gaza sont emprisonnés dans une vie qui tourne autour de la haine et de l’oppression.

Depuis 2008, IBBY a apporté son soutien à deux nouvelles bibliothèques pour enfants dans la Bande de Gaza. Une bibliothèque est située dans la communauté Nord de Beit Hanoun près de la frontière israélienne. L’autre librairie est située dans le sud de Rafah près de la frontière avec l’Egypte. Les fonds pour les librairies ont été assurés par la fondation familiale de Katherine Paterson, grande auteure américaine pour enfants. Les livres sélectionnés par les spécialistes de IBBY de la région ont nécessité deux mois pour arriver. Le personnel des bibliothèques ont dû être formés à distance. Les gens de la région ne pouvaient pas visiter Gaza et les israéliens ont interdit les habitants de la bande de Gaza de voyager pour leur formation. Mais les bibliothèques ont réussi à être ouvertes et à ré-ouvrir après l’invasion de Gaza bien que quelques habitués ont été tués.

Les comptes-rendus de nos bibliothèques étaient encourageants mais personne de IBBY n’a eu la chance en réalité de les visiter. Finalement, dans ce bref moment optimiste connu sous le nom de « printemps arabe » il y avait une lueur d’espoir. En 2013, une petite délégation de IBBY a voyagé du côté égyptien à la frontière de Rafah et a finalement traversé pour entrer à Gaza. Le Président de IBBY, le président de la fondation de IBBY, le directeur général et le chef de notre section palestinienne a saisi cette extraordinaire opportunité de voir ces bibliothèques de leurs propres yeux.

Cela a dépassé toute nos espérances. Nous avons trouvé que Gaza était un endroit inattendu. En ce temps là, les tunnels fonctionnaient encore. Le Qatar avait fourni des matériaux de construction pour reconstruire les immeubles détruits et les infrastructures endommagées lors de l’invasion. Les
provisions de nourriture étaient abondantes. Tout semblait être beaucoup mieux organisé et moins misérable que nous ne le pensions.

Mais cette première impression de paix et d’ordre s’est rapidement volatilisée lorsque nous avons parlé aux familles et aux enfants qui utilisaient la bibliothèque de Rafah. Les enfants plus âgés travaillaient dans les champs après l’école pour subvenir aux besoins de leur famille. Mais la bibliothèque jouait un rôle important dans leurs vies. Que ce soit après l’école ou le travail, les enfants marchaient un kilomètre pour atteindre la bibliothèque mais lorsqu’ils y arrivaient, ils avaient le choix d’activités.

Certains enfants choisissent de jouer au football dans une petite cour fermée qui entoure la bibliothèque. Ils peuvent aussi rester à l’intérieur pour lire des livres, utiliser le seul ordinateur à tour de rôle, chanter des chansons, écrire et illustrer des histoires ou tout simplement s’asseoir et bavarder. Quand ils sont dans la bibliothèque, ils sont hors de danger. Personne ne peut rentrer pour les recruter. Ils sont libres de choisir les livres qui leur plaisent, d’écrire et d’exprimer ce qu’ils ressentent. Nous étions agréablement surpris lorsqu’ils nous ont révélé que leur livre préféré était celui de Cendrillon! Les enfants et leurs parents ont attendu pendant six heures le temps que nous traversions la frontière pour nous dire à quel point cet endroit était devenu important pour eux. La bibliothèque est devenue leur sanctuaire, le monde extérieur étant tout simplement dangereux.

A Beit Hanoun, dans le Nord , les enfants étaient moins a l’aise, plus anxieux bien que les parents nous aient assurés que leurs enfants étaient moins agités et inquiets quand ils étaient arrivés à la bibliothèque. Ils nous ont beaucoup parlé des angoisses qu’ils ressentaient lorsqu’ils entendaient les drones aériens au dessus de leurs têtes car ils connaissaient tous quelqu’un qui avait été tué lors d’une offensive «chirurgicale ciblée », ne visant « soi–disant » que les militants. Ces enfants ont enduré le choc de deux invasions de Gaza. Ils ont affirmé que la seconde invasion, bien que plus courte, a été la pire parce qu’ils savaient ce qui leur était réservé. Il n’y a aucun abri à Gaza. Devaient-ils rester chez eux ou sortir quand les bombes commençaient à tomber ? Ils ont tous connu des amis et des voisins qui ont péri en prenant l’une ou l’autre des décisions.

Aujourd’hui, les pires frayeurs de ces enfants se concrétisent. Les frontières sont complètement fermées et les bombardements ont repris. Rafah est ciblée. Une invasion terrestre est possible. Mais les habitants de Gaza ne peuvent même pas devenir des réfugiés; ils n’ont nulle part où aller et où cacher leurs enfants quand ils sont bombardés. Même les Syriens, aussi terrible que soit leur situation, peuvent fuir et chercher refuge. A Gaza, les enfants et leurs familles sont enfermés subissant les effets de la guerre. Et comme toujours dans la réalité de la guerre, chaque jour les enfants meurent en grand nombre.

Les habitants de Gaza sont invisibles. Apparemment, rien ne peut leur être fait sans impunité. Il y a une politique déclarée justifiant les assassinats ciblés, en procédant à des assauts dans les maisons tout en sachant qu’il y aura des «dommages collatéraux».

Dans quel autre endroit du monde cette situation serait-elle acceptable? Ne serait-elle pas considérée comme un crime contre l’humanité ?

Les bibliothèques de IBBY sont actuellement fermées et nul ne sait pour combien de temps encore. Les enfants qui comptaient sur ces espaces de sécurité où ils pouvaient lire, écrire et jouer sont dorénavant contraints à rester à la maison la peur au ventre. En quittant Gaza, nous avons rencontré un jeune homme dans un bus en direction de l’Egypte qui allait voir sa mère pour la première fois en 15 ans. Elle était allée rendre visite à des membres de sa famille et depuis elle n’a jamais pu obtenir l’autorisation de retourner chez elle, le laissant avec un père indifférent et une belle-mère pas très enthousiaste. Il était extrêmement content à l’idée de revoir sa mère mais terrifié qu’un fonctionnaire égyptien arbitraire ne le laisse entrer. Il nous a demandé pourquoi les Israéliens le haïssaient tant alors qu’il ne leur avait jamais rien fait. On se demande où il se trouve maintenant.

Avec ce bref compte rendu mais muni d’une impression directe de la situation de la Bande de Gaza et de ses enfants, nous espérons que vous serez suffisamment émus pour inciter vos chefs de gouvernement à écouter IBBY. L’année 2014 marque le 25e anniversaire de la Convention des Droits de l’Enfant. Cette offensive menée par le gouvernement d’Israël est odieuse et insoutenable pour le monde entier et en particulier pour les enfants de Palestine.

Ahmad Redza Ahmad Khariruddin, Président de la Fondation IBBY, Malaisie.

Patricia Aldana, Présidente de la Fondation IBBY, membre de l’Ordre du Canada.

Jehan Helou, Présidente de la Fondation IBBY Palestine.

Liz Page, Président directeur général de la Fondation IBBY, Suisse.

11/7/2014
http://www.ibby.org/index.php?id=257#sthash.PnS7ySud.dpuf


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